Bruno Groening - Révolution dans la médecine

Réhabilitation d’un méconnu

Une documentation médicale de la guérison par voie spirituelle. Matthias Kamp.

 

Chapitre 2

La personne de Bruno Groening

Un enfant singulier

Bruno Groening est né le 30.05.1906 à Dantzig-Oliva, quatrième enfant d’entre sept frères et sœurs. De cette enfance, il relate dans une biographie:

"Au cours de mon enfance et de mon adolescence, je constatais de plus en plus souvent des pouvoirs étranges qui, émanant de moi, avaient une influence apaisante ou guérissante sur les hommes et les animaux. Lorsque j’étais encore un tout jeune enfant, des personnes malades furent délivrées de leurs maux en ma présence; de même, des enfants ainsi que des adultes énervés et querelleurs se calmaient lorsque je leur adressais quelques mots. Enfant, je fis également la constatation que des animaux considérés comme peureux ou méchants se montraient doux et dociles envers moi. Tout ceci explique pourquoi ma relation avec ma famille fut étrange et tendue. Très vite, je cherchai à obtenir ma complète autonomie afin de sortir d’un environnement familial plein de malentendus."·1

Déjà à la naissance on put remarquer quelque chose d’inhabituel. Sa mère avait eu, jusque là, des accouchements difficiles et, paradoxalement, Bruno vint très facilement au monde. Sitôt après l’accouchement, elle se rendit dans la forêt où se trouvait le père qui fut très étonné de l’entendre lui annoncer la naissance de leur fils.·2,3

Ses parents étaient des catholiques rigoristes. Ils ne manquaient aucun office religieux et, si fatigués soient-ils après leur dure journée de travail, ils n’oubliaient pas de réciter la prière du soir, en compagnie des enfants, agenouillés au pied du lit. Comme l’écrit E.A. Schmidt, le père de Bruno Groening était un homme austère et simple. Il travaillait comme maçon et était recherché car, réputé comme étant un travailleur compétent, il était estimé.·4

Son frère Kurt relata, parmi ses souvenirs, un événement insolite. Un matin, à la demande des parents, Kurt devait préparer la table pour le petit déjeuner familial, mais il préféra aller jouer. Son frère Bruno s’acquitta de cette tâche sans se faire prier et reçut en retour les louanges de ses parents.

Kurt Groening raconte:

"Comme Bruno était, une fois de plus, cité en exemple, je ne pus trouver d’autre exutoire à cette rage qui m’envahit soudainement que de m’emparer de la cafetière encore bouillante et d’en renverser le contenu sur la tête de Bruno. Il resta absolument calme; tous cependant restèrent effarés de la gravité et de la cruauté de mon geste. Et à nouveau, quelque chose de particulier se produisit: il n’y avait pas la moindre trace de brûlures ni sur la tête ni sur le corps de Bruno."·5

Le périodique "Revue" écrivait, le 04.09.1949, au sujet de l’enfance de Bruno Groening:

"Petit enfant et sachant à peine parler, il sympathisait déjà avec la solitude. Il s’évadait de la maison et jouait dans les environs avec les animaux domestiques qui semblaient lui être plus proches que ses frères et sœurs. Quand il sut mieux marcher, il découvrit le grand bois qui s’étendait dans les environs de l’habitation. Il s’y enfonçait comme dans un monde immense et mystérieux. Sa mère lui avait enseigné une chose: la prière. C’est avec cette foi si simple et si enfantine qu’il avait pour la Sainte Mère de Dieu et pour la Création elle-même, qu’il pénétrait dans ce monde qui devenait le sien. L’enfant devint un phénomène, comme on n’en avait encore jamais rencontré parmi les jeunes travailleurs de la rue Ludolfinger. Il disparaissait des journées entières. Nul ne savait de quoi il vivait. Au foyer familial, il était de rigueur que tout retardataire à l’heure des repas ne recevrait que les restes, ou plus rien du tout. Bruno restait ainsi des journées entières sans manger. A maintes reprises, des connaissances le trouvèrent couché sous un arbuste, observant attentivement les herbes et les feuilles. De temps à autre, ils remarquèrent aussi qu’il avait noué une étroite et singulière relation avec des écureuils ou avec d’autres animaux. On le surprit parfois au cimetière, tout à fait seul. D’autres fois, on l’y vit en prière. […] Un jour, un homme observa comment, d’un air songeur, il suivait un chien boiteux. Il jouait avec l’animal, le caressait. […] Cela continua plusieurs jours de suite et, finalement, le chien cessa de boiter. […] Beaucoup de bêtes lui emboîtaient le pas. On en vit même qui se relevaient pour le suivre, alors que la maladie les avait clouées au sol."·6

Fréquemment, des personnes qui le rencontraient dans le bois le ramenaient à ses parents. Alors il recevait habituellement de nombreux coups et on l’enfermait dans sa chambre.

Il écrivit, un jour, à ce sujet:

"Je n’ai jamais pu pleurer à la suite des coups que je recevais, du fait que je ne ressentais pas ces coups comme une douleur, bien que mon corps ait été maintes fois meurtri. De toute façon, l’emprisonnement à la maison paternelle ne durait pas longtemps parce que je m’en libérais souvent très rapidement. L’emprise de la forêt et de mes amis les animaux était telle qu’ils m’attiraient toujours à nouveau auprès d’eux."·7

Pour exacte qu’elle soit, la prédiction qu’il fit concernant le déclenchement de la première guerre mondiale valut à Bruno Groening, enfant, une gifle retentissante de son père.

Dans une déclaration sous serment, faite le 26.06.1949 à Löhne, en Westphalie, son père s’expliqua à ce sujet:

"Comme père de Bruno Groening, j’atteste sous serment, par la présente, qu’à la naissance de l’enfant il est apparu qu’il serait doué de facultés particulières. Ceci s’est aussi vérifié au cours des années qui ont suivi. Beaucoup de parents et de personnes de notre connaissance l’ont confirmé. Déjà enfant, des phénomènes se produisaient quand il expérimentait sur les animaux ses prédispositions particulières. Entre autres, il prit un jour dans ses mains une montre que l’horloger n’était pas parvenu à réparer, et aussitôt la montre retrouva son fonctionnement normal. Même des événements spéciaux, comme le début et la fin de la guerre 1914-1918, il pouvait les prédire. La mort de sa mère, il la vit également à l’avance, ainsi que le début de la deuxième guerre mondiale (1939-1945). Pareillement, il prédit que son père, ses frères et ses sœurs, devraient, après la capitulation, abandonner leur foyer et leur pays, et il prédit l’endroit où ils iraient tous s’établir après de longues errances. Il a tout vu et il l’a annoncé à l’avance. A cela s’ajoute encore la faculté de guérir les gens de leurs maux et d’alléger leurs souffrances."·8

Ernst Kohn, un ancien voisin de Bruno Groening à Dantzig, déclara sous serment:

"Monsieur Bruno Groening […], au début de la deuxième guerre mondiale en 1939, dans ma maison à Dantzig-Langfuhr, rue Magdebourg n° 77, déclara ce qui suit: "Ernst, la guerre va durer longtemps, la Pologne sera vaincue, la France tout aussi vite. L’Allemagne toutefois, malgré ses conquêtes, ne deviendra pas plus grande, mais au contraire plus petite. On divisera l’Allemagne." Alors, il me montra les zones de partage, comme elles s’établissent effectivement aujourd’hui. […] La force de guérison de Bruno Groening, je l’ai déjà sentie à l’œuvre durant les années de notre voisinage à Dantzig-Langfuhr. J’ai souvent été moi-même délivré de douleurs. Mon épouse, Frieda Kohn, née Pettke, peut le certifier également; elle a connu Bruno Groening après notre mariage, en 1940."·9

Ce qui caractérisait le jeune Bruno, c’est que, très tôt, il se sentit continuellement attiré par les gens malades. On put relever chez lui ce trait particulier, alors qu’il avait tout juste deux ans et demi.

A ce sujet, il écrivit un jour, en se remémorant ses souvenirs d’enfance:

"La maladie s’envolait du corps de certains animaux lorsque je murmurais tout bas en moi-même: "Mon petit animal chéri, tu vas avoir bientôt un corps en bonne santé." Et alors, cela se réalisait. Il n’en va pas autrement avec les humains. […] Ainsi j’étais souvent littéralement attiré par les malades […] auxquels je répétais sans cesse: "Mais tu n’es plus malade!." Et quand néanmoins certains d’entre eux disaient: "Il va mourir", je répondais alors brièvement: "Non, celui-là n’est pas prêt de mourir, il sera guéri!"·10

Plus tard, il remarqua qu’il lui était possible de venir en aide non pas à un seul mais à plusieurs malades à la fois. Ce qui est surprenant, c’est que cela ne lui était pas si difficile et que, la plupart du temps, cela réussissait. Cependant, dans un contexte troublé par la guerre, son action demeura toujours limitée à un petit cercle de personnes.·11

Ses camarades de jeu, quant à eux, constatèrent qu’il ne rendait jamais les coups qu’il recevait, ce qui, pour le moins, leur paraissait bizarre. Il arrivait que ses frères et sœurs plus âgés, furieux de voir qu’il ne se défendait pas, en viennent à le corriger. L’un de ses frères aînés lui brisa même l’os nasal. Ce comportement de ses frères et de ses sœurs, perdura jusqu’à ce que se produise un fait insolite que relata l’un d’eux, Kurt, en 1954:

"Les gamins se battaient dehors et ils virent que Bruno, cette fois encore, se tenait à l’écart et ne participait pas à la bagarre. Alors, l’un des garçons fut pris d’une telle fureur qu’il gifla Bruno pour le seul fait de ne jamais vouloir se battre, mais aussi parce qu’il n’était pas comme les autres. Une fois de plus, Bruno ne répliqua pas. Il se tenait là, calme, sans s’énerver, et attendait. Mais voilà que le garçon en question dut, par la force des choses, rentrer chez lui. Arrivé à la maison, il commença à se donner des coups et ne parvenait pas à s’arrêter. Tous les gamins qui l’avaient suivi observèrent l’étrange spectacle. Le garçon se mit à crier: "Bruno, aide-moi donc!" Bruno entra, le gamin se calma aussitôt et les coups cessèrent."·12

A partir de ce jour, ses frères, ses sœurs et les garçons du voisinage le laissèrent en paix et ne lui infligèrent plus de mauvais traitement.

Son frère se souvenait d’un événement qui montrait encore plus nettement le caractère du jeune Bruno. Il raconta que la disette qui avait sévi au cours de la première guerre mondiale avait épuisé les réserves de nourriture de la famille Groening et qu’on se demandait où l’on pourrait bien trouver quelque chose à manger. Le petit Bruno se mit en route avec son vélo. D’une façon miraculeuse, il obtint auprès de fermiers quelques sacs d’excellentes pommes de terre pour sa famille, et ses frères purent alors les transporter à la maison. A cette époque, lors des repas en commun, Bruno ne se mettait à table qu’une fois les autres rassasiés, en sorte qu’il ne lui restait souvent que peu ou même rien du tout à manger. Et cependant il montrait une étonnante forme physique.·13

Il fréquenta l’école primaire et ne fut un élève ni mauvais ni particulièrement bon. Son comportement demeura pour le moins énigmatique aux yeux de ses instituteurs. Par exemple, il lui arrivait de continuer à citer des passages entiers que le maître commençait à peine à écrire au tableau. Fréquemment, à la fin de la classe, il se rendait à nouveau dans le bois tout proche; il y restait souvent des heures durant et jusque tard dans la soirée. Dans la forêt, il avait la possibilité de se sentir proche de Dieu, et c’était la plénitude à laquelle il aspirait. C’est là, comme lui-même le raconta, qu’il fit l’expérience de la présence de Dieu dans chaque arbre, chaque animal et même dans les pierres. Il pouvait rester là, assis des heures entières à songer; pour lui, c’était comme si sa vie s’élargissait et se fondait dans l’Infini.

Bruno Groening raconta un jour qu’il se soustrayait fréquemment à la présence des hommes lorsqu’il était enfant, parce qu’il ressentait cette vie d’ici-bas comme affreusement morose et dénuée d’affection. Et dans sa détresse d’alors, il implorait souvent Dieu dans ses prières afin qu’il le reprît à cette terre si ténébreuse. Comme il le dira lui-même, c’est dans la forêt, par la prière intérieure, qu’il lui fut révélé dans quel but il avait été envoyé sur cette terre et en quoi consisterait la tâche de sa vie. C’est seulement quand il eut reconnu sa mission qu’il put accepter sa vie.

Tout homme qui suit un chemin spirituel et cherche Dieu du fond du cœur peut comprendre ce garçon qui, écoutant le désir profond et ardent de son âme, cherchait Dieu là où Il vit à l’état le plus pur: dans la solitude et le calme de la nature.

Une telle précocité, un tel effort conscient tourné vers la recherche d’un Grand Esprit, révèle qu’on est en présence d’une âme d’une grande maturité. De telles personnes sont souvent confrontées à l’incompréhension et au mépris de leur entourage auquel manque presque toujours l’accès à ces sensations et aspirations élevées. Dans leur vie, on retrouve souvent une certaine dureté du sort, comme s’il s’agissait d’une épreuve spéciale et d’un apprentissage intérieur qui prépareraient l’âme à sa tâche ultérieure.

En 1915, à l’âge de neuf ans, Bruno Groening tomba malade: sa vie fut en danger à la suite d’une dysenterie. Il maigrit considérablement. Alors que, fiévreux, il aurait dû garder le lit, il s’obstina des mois durant à s’étendre nu à même le sol. Son médecin, le Dr Klinge, qui venait souvent chez ses parents, le tenait pour perdu. Il reçut d’ailleurs le sacrement d’extrême-onction. Personne ne pensait que cet enfant consumé par la fièvre survivrait. Et pourtant, il surmonta sa maladie et recouvra miraculeusement la santé.·14

Une vie de travail diversifiée

A la fin de l’école primaire, Bruno Groening entreprit une formation commerciale. Son père, qui était ouvrier, vit dès le début cette résolution d’un œil méfiant, et il finit par faire preuve d’autorité.

Dans sa biographie, Bruno Groening a rapporté à ce sujet:

"A la demande de mon père, j’ai pourtant dû abandonner cette formation, parce que son souhait était que j’apprenne un métier du bâtiment. Je suivis donc son désir et appris le métier de charpentier. Il n’y eut cependant pas d’examen à la fin de cet apprentissage, car une crise du chômage sévissait alors à Dantzig. Ce qui fait que, trois mois avant la fin de mon apprentissage, je dus abandonner mon emploi sans passer l’examen final, car la firme où j’étais apprenti cessa ses activités par suite du manque de commandes."·15

En 1925, l’adolescent de 19 ans réussit alors à monter un petit atelier de menuiserie et d’ébénisterie, et il devint indépendant. Il put maintenir cette activité durant deux ans. Mais la situation économique particulièrement mauvaise à Dantzig le contraignit à exercer successivement et provisoirement divers métiers dans le travail du bois, dans une usine de peinture, dans une fabrique de caisses et dans d’autres secteurs encore. Il fallait certainement beaucoup d’intrépidité et de capacités à un jeune travailleur pour s’installer à son compte, avec des moyens aussi simples, à Dantzig, en cette période de crise de l’entre-deux guerres, même s’il devait y renoncer au bout de deux ans pour trouver d’autres sources de revenus. La situation économique désastreuse et le manque de travail ne permettaient que des contrats de courte durée, et entraînaient très vite des licenciements suite à des méventes. C’est ainsi que Bruno Groening fut licencié d’une usine de peinture, un an seulement après son engagement, vu la diminution de la production et compte tenu du fait qu’il était l’un des derniers embauchés.

Il raconte dans sa biographie qu’après 1933 il devint alors plus difficile encore de trouver un emploi, car la situation économique à Dantzig était plus mauvaise que dans le reste du "Reich" et que, les firmes étant polonaises pour la plupart, il était difficile de se faire engager quand on était allemand (Danzig avait été isolée du Reich après la première guerre mondiale et on devait traverser le territoire polonais pour accéder à celui du Reich). Bruno Groening trouva à Dantzig un travail temporaire dans une chocolaterie, puis au port, et enfin à la poste. Jusqu’à son enrôlement en 1943 dans la Wehrmacht, il fut employé par la firme Siemens et Halske comme monteur de courant basse tension.

Ses collègues de travail remarquèrent alors qu’il développait un savoir-faire peu commun dans tous les domaines et que, souvent même, il se montrait supérieur aux travailleurs spécialisés. Beaucoup de ses camarades de travail ont témoigné que tout ce qu’il entreprenait manuellement lui réussissait de manière inexplicable, qu’il s’agisse pour lui de réparer des horloges ou des appareils de radio, ou qu’il fasse de la serrurerie. Il était particulièrement doué pour les choses techniques. Il attachait grande importance, comme il l’a dit lui-même, à exécuter avec amour tous les travaux qu’on lui remettait et en y montrant de l’intérêt. Il estimait que les multiples métiers qu’il avait exercés représentaient un stage de vie, une école et une préparation pour une tâche ultérieure. Comme il le soulignait, il tenait à rencontrer les gens dans leurs activités les plus variées et en de multiples circonstances.

Un mariage au goût amer

A l’âge de 21 ans, il contracta mariage. Cette union cependant avec sa femme Gertrude ne put lui faire connaître ce "chez-soi" et cette compréhension auxquels il avait en vain aspiré dans la maison familiale. Sa femme et lui avaient des natures trop dissemblables. Depuis le début de son activité professionnelle, la solitude de l’enfance avait de plus en plus fait place au désir profond d’aider les gens. Des témoignages de cette époque rapportent que Bruno Groening était un hôte généreux et secourable, et invitait souvent de nombreux amis chez lui, alors que sa femme préférait ne voir personne à la maison. Il oubliait souvent son propre intérêt quand un collègue de travail ou une autre connaissance dans le besoin - psychique ou physique - s’adressait à lui. Il restait alors en conversation avec eux jusqu’au matin et s’efforçait de trouver avec eux des solutions à leurs problèmes. Il n’éprouvait aucun attrait pour les formes les plus courantes de la vie en société (séance de cinéma, bistrot, jeu de cartes, etc.).

Un témoin de cette époque relata ce qui suit:

"Je voudrais ici relater par écrit quelque chose. Il s’agit de Monsieur Bruno Groening. Je connais Monsieur Groening depuis 1928 de Dantzig, qui est ma ville natale. A cette époque déjà, il s’est intéressé aux choses spirituelles et a aidé et guéri des gens. Je peux énumérer une vingtaine de cas résolus avec succès. […] Je peux citer encore beaucoup de preuves que Monsieur Groening a aidé des enfants, notamment dans des cas de paralysie, de surdité ou d’insuffisance de la vue, et l’issue en a été chaque fois heureuse. Nous sommes en présence d’un mystère, et c’est ce que pensent aussi ceux qu’il a aidés. A l’époque nous nous sommes toujours cassé la tête pour savoir comment une chose pareille est possible. Par ailleurs, Monsieur Groening s’est encore intéressé à d’autres choses qui nous éloigneraient ici du sujet. Je voudrais les évoquer cependant. Il s’est occupé, par exemple, d’appareils de radios et de voitures automobiles. Sans avoir touché la radio, celle-ci s’est éteinte quand il l’a voulu. Et il a réussi pareillement à refaire fonctionner des lampes de radio qui étaient réellement hors d’usage."·16

D’après E.A.Schmidt, il existe une déclaration sur l’honneur datant de 1931 relative à une certaine guérison bien précise. Bruno Groening a guéri une femme souffrant d’une grave diphtérie et qui était condamnée par les médecins. Schmidt raconta à ce sujet: "Lorsqu’il [Bruno Groening] parle de ce cas dont il garde un souvenir particulier, une joie immense et profonde resplendit de son être quand il dit: "J’ai arraché cette femme à son lit de mort!" A ce moment, il tire de son portefeuille la photo de la jeune femme et la montre avec un grand bonheur."·17

Monsieur Max Bruhn, originaire de Dantzig, relate un événement tout particulier rapporté par Maria, la sœur de Bruno Groening.

"Je connaissais la sœur de Monsieur Groening. Elle devait se rendre à l’hôpital pour y subir une opération. On devait procéder à l’ablation du sein car il s’agissait d’un cancer. Le dernier jour avant l’entrée en clinique, Maria se rendit chez Bruno. Elle le pria de bien vouloir l’aider. Très étonné que sa propre sœur ait confiance et foi en lui, il la regarda un moment, puis il lui dit: "Entre tranquillement à l’hôpital, je ne trouve en toi plus rien de mauvais! "Elle s’y rendit et les médecins ne constatèrent plus aucun cancer lors de leur examen. L’opération était devenue superflue."·18

Sa femme tenait ses facultés pour des "toquades". Il lui était difficile de comprendre la vocation de son mari: aider les autres et les guérir de leurs maux. Elle ne craignait rien tant que d’être mêlée à du sensationnel ou de devenir, par là, la risée d’autrui. C’est pourquoi il lui était extrêmement déplaisant de voir son mari se dévouer tant pour ses semblables. Elle souhaitait l’avoir pour elle seule. Et l’une des plus grandes épreuves de sa vie fut bien, pour lui, le fait qu’elle soustraie ses propres enfants qu’il aimait profondément à sa force de guérison. Elle ne voulait point livrer ses enfants à son "ensorcellement"·19 C’est par tous les moyens qu’elle les tint à l’écart de son influence et qu’elle les conduisit donc à l’hôpital sans qu’il le sût. L’aîné des fils, Harald, mourut en 1939 à l’âge de neuf ans, dans un hôpital de Dantzig, à la suite d’une malformation de la valvule du cœur. Günther, le cadet, mourut également à l’âge de neuf ans, en 1949, d’une pleurésie purulente, à la clinique universitaire de Marburg.

Grete Häusler, un témoin de cette époque-là, originaire de Hennef/Sieg et ayant connu Bruno Groening depuis 1950, rapporte qu’il fut incapable jusqu’en 1955 d’évoquer le drame de ses enfants. Quand il en parlait à des amis intimes, des larmes coulaient le long de son visage.

Lorsque l’activité publique de Bruno Groening débuta en 1949, il dut se résoudre à se séparer de sa femme, car celle-ci en vint, sous une forme d’ultimatum, à lui imposer de renoncer totalement à son activité. Le couple divorça en 1955.

Guerre et captivité

En 1943, - il avait alors 37 ans - Bruno Groening fut appelé sous les drapeaux dans la Wehrmacht. Son opinion, que son sentiment religieux avait profondément ancrée en lui, et qui le portait à ne jamais rendre les coups ou à vouloir tuer qui que ce soit, lui occasionna de sérieux ennuis, et il fut même menacé du Conseil de guerre. Il dut finalement monter tout de même au front. On est à même de réaliser qu’en ce qui concernait la deuxième guerre mondiale, il connaissait son propre destin avec beaucoup de précision.·20

Il fut engagé au front de l’Est, dans la partie Centre et Nord-Est. En décembre 1943, il fut blessé une première fois par un éclat d’obus avec perforation légère de la cuisse gauche. En février 1944, une deuxième blessure le toucha à la cuisse droite. Sitôt remis, on le renvoya au front début 1945, où, le 5 mars, il fut fait prisonnier des Russes, à Hammerstein (Poméranie). En mai 1945, il fut transféré dans un camp de prisonniers à Petrozawodsk. Dans les camps russes, il réussit de façon mystérieuse à guérir de nombreux prisonniers qui souffraient d’œdème généralisé. Là encore, son intense aspiration à venir en aide aux autres l’amena à entrer en conflit avec les responsables du camp envers lesquels il n’avait pas mâché ses mots afin d’obtenir d’eux de meilleures conditions de vie: c’est pour cette raison que les Russes le considéraient comme une forte tête, et c’est bien de justesse qu’il échappa, une fois de plus, au peloton d’exécution, sauvé par l’intervention de quelques rares officiers russes qui prirent son parti. A la fin de l’année 1945, il fut relâché.

Une fois libérés, les soldats durent mobiliser leurs dernières forces lors du voyage de retour, entassés dramatiquement dans des wagons à bestiaux. Un rapatrié raconta plus tard que tous les liens d’humanité avaient été brisés lors de ce retour et que la camaraderie entre les soldats s’était évanouie devant ce brutal combat pour la survie. Il avait connu Bruno Groening lors de ce voyage de retour et il était resté avec lui pendant un certain temps. Il l’avait tout de suite remarqué parmi les autres soldats, car il se comportait d’une tout autre manière. Il avait conservé un calme et une tranquillité inouïs au milieu de cette débâcle et de cette misère, mais en dépit de cela, il était resté humain. C’est pourquoi il lui avait proposé de l’accompagner dans sa Bavière natale. Cependant Bruno Groening voulait tout d’abord se mettre à la recherche de sa famille, dans le Nord-Ouest. Sans doute aussi soupçonnait-il déjà que son destin l’amènerait à être connu du grand public, car en se séparant de son camarade, en 1945, il l’avait prié de lui rendre visite quelques années plus tard, quand il apprendrait beaucoup sur lui par les journaux.

Puis survint la dure période de l’après-guerre. Bruno Groening arriva avec un camarade de captivité dans le district de Dillenburg, à Haigerselbach, où le maire lui offrit un petit logement, à lui et à son camarade. Il s’efforça alors par des travaux divers chez les fermiers des villages avoisinants et auprès des communes, d’obtenir le nécessaire pour pouvoir subsister. Sa façon modeste de ne rien exiger et d’être satisfait de tout, et sa remarquable habileté dans le travail, le firent hautement apprécier dans les environs. Ses occupations le mirent en contact avec beaucoup de compatriotes. Afin de soulager leur misère, il créa avec d’autres expatriés "l’Œuvre d’assistance aux personnes réfugiées". Il travailla en poursuivant toujours son but et dans l’intérêt de cette œuvre, et il parvint, aidé de collaborateurs, à implanter des représentations locales. Ce travail l’amenait souvent à se rendre à Dillenburg. Là, peu après, la commission du logement du district lui confia une nouvelle tâche, et il prit à cœur d’aider partout où il le pouvait. Quelque temps plus tard, il retrouva sa femme et s’en vint avec elle au camp de réfugiés du district de Dillenburg. Il logea ensuite dans un grenier, provisoirement aménagé en logement de fortune pour réfugiés.

Erich K., aujourd’hui naturopathe à S., avait fait la connaissance de Bruno Groening à cette époque. On trouve dans le récit de ses souvenirs:

"L’homme m’a littéralement fasciné. On pouvait s’entretenir avec lui de thèmes inabordables avec d’autres. On percevait toujours un je ne sais quoi de particulier chez lui. Bien qu’il fût difficile de trouver quelque chose, celui qui venait chez lui recevait une assiette de soupe - c’était un geste typique de lui. Certes, elle était préparée de manière très primitive avec une céréale quelconque, - nous n’avions même pas assez de pain pour nous nourrir et nous nous trouvions dans une situation vraiment désastreuse, - mais ça, c’était quelque chose de typique, pour celui qui venait, l’assiette de soupe était là."·21

Son activité amena Bruno Groening à rencontrer beaucoup de gens, et de nouvelles guérisons se produisirent. De nouveaux malades l’appelaient sans cesse. D’une maison à l’autre, on le priait de venir, jusqu’en ce jour du 14 mars 1949 où il arriva à Herford, à la demande de la famille Hülsmann. La guérison du fils, Dieter Hülsmann, cloué au lit et affligé de dystrophie musculaire, incita le père à en propager la nouvelle, et bientôt il se rassembla de plus en plus de malades devant le n° 7 de la place Wilhelm, la maison des Hülsmann. A ces personnes-là, Brüno Groening parlait de Dieu, et ses paroles amenaient des miracles: des douleurs s’évanouissaient, des aveugles recouvraient la vue, des paralysés se levaient de leurs chaises roulantes ou jetaient au loin leurs béquilles et se remettaient à marcher sans difficulté. Puis les malades ne vinrent plus des alentours seulement, mais aussi d’autres régions d’Allemagne et de l’étranger dans l’espoir de recouvrer la santé grâce à cet homme.

"Je ne suis qu’un petit serviteur de Dieu"

Bruno Groening était un être qui vivait totalement de son for intérieur. Il n’avait pas lu de livres, et sa connaissance lui venait d’une source supérieure. Il faisait confiance à son intuition dans tout ce qu’il entreprenait. Durant la guerre déjà, il lui arrivait souvent, guidé par celle-ci, de quitter un endroit où, très peu de temps après, une grenade explosait. Sa vie fut empreinte de cette attitude spirituelle. Il ne suivait aucun commandement humain, mais il se mettait inconditionnellement aux ordres d’une direction plus élevée qui lui était accessible soit par le canal de cette religiosité profonde et présente, exprimée par ses sentiments, soit par inspiration. Les guérisons qui se produisirent par lui sont inséparablement liées à une façon renouvelée de croire en Dieu et à une nouvelle orientation intérieure des personnes guéries (voir aussi chap. 3). Il ne s’est pas présenté en première ligne comme un guérisseur, mais il voulait mettre en lumière les lois suprêmes de la vie et amener les personnes souffrantes à croire que Dieu devait être considéré comme le plus grand médecin de tous les hommes La ferme résolution d’une conversion, la détermination à faire le bien et le désir de retrouver la foi en Dieu étaient pour lui une condition essentielle pour s’acheminer vers la guérison. En même temps, il refusait toute entrave au libre arbitre humain:

"Je peux aider une personne à trouver le chemin vers le bien, mais je ne peux ni lui enlever la décision de le faire ni la forcer au bien. C’est à chacun de trouver sa voie par lui-même."·22

Ceci explique pourquoi les techniques de suggestion et d’hypnose lui répugnaient beaucoup.

Ses paroles reflétaient la simplicité et la droiture de son être. En peu de mots et en laissant une impression profonde chez ses auditeurs, il réussissait à mettre en évidence l’étroite interdépendance de la santé et de la maladie au niveau de l’esprit. Ses paroles n’avaient pas besoin d’ornements de rhétorique. Elles renfermaient une force qui ne manquait pas de produire son effet. Un grand nombre de rapports de guérison l’atteste. On sentait, dans ses discours, qu’il avait vécu personnellement tout ce dont il parlait. Lorsque, à l’âge de 43 ans, il se présenta en public à Herford, il put puiser au fond de son expérience, acquise lors d’un combat intérieur qui avait eu son origine dans un désir ardent de Dieu, désir inassouvi et ressenti déjà dans son enfance. Il ne parlait pas comme un académicien, mais comme un sage.

Du vivant de Bruno Groening, la presse présenta de sa personne une image très contradictoire. Les uns voyaient en lui un homme de Dieu, les autres un charlatan. E.A. Schmidt, qui voulait se faire une idée claire de lui en le rencontrant personnellement, alla le trouver à Herford, au n°7 Place Wilhelm, peu après qu’il fut connu du grand public.

Il décrivit cette première rencontre comme suit:

"Nous nous frayâmes un passage à travers la foule pour passer par l’arrière de la maison, par une porte restée ouverte. Nous parvînmes enfin, non sans mal, devant la porte d’entrée. A l’intérieur, on entendait des portes claquer, des gens circulaient d’un pas pressé d’une pièce à l’autre. C’est seulement après mon troisième coup de sonnette que la porte s’ouvrit. J’avais Bruno Groening lui-même en face de moi. C’était un homme d’une stature vigoureuse, un peu ramassée, d’une taille d’1m70 à peine, habillé très simplement, sans veston, portant une chemise bleu foncé et un pantalon long de la même teinte. Un visage aux traits fortement marqués, un teint bronzé, des cheveux longs naturellement ondulés. Sur ce visage, le destin avait gravé ses runes: cet homme avait dû traverser tous les déserts. Il s’offrait à moi: à l’inverse des déclarations de la presse, point de barbe qui lui eût conféré quelque chose de bizarre ou même de mystique, mais au contraire la fermeté d’un regard rayonnant de bonté et de profonde compréhension de l’être humain."·23

Une semblable curiosité amena le docteur en philosophie M.Kaul au n° 7 de la place Wilhelm. Intrigué par le déroutant kaléïdoscope des articles de presse, il voulait se faire une conviction personnelle.

Il écrit au sujet de "Bruno Groening, l’homme":

 "Quand on prend contact pour la première fois avec cet homme, un lien s’établit immédiatement avec cet être surprenant, comme s’il nous était déjà familier. […] Le visage fin et bronzé qui rayonne la bonté, malgré les plis énergiques de la bouche, laisse transparaître un voile de tristesse contenue. Je l’ai vu souvent parler avec des malades, et j’avais toujours l’impression qu’il pleurait intérieurement sur cette détresse et sur la misère humaine qui s’offrait à sa vue. Bruno Groening est un homme du peuple. La vanité lui est étrangère, comme l’affectation. Sa renommée, qui va s’étendre si rapidement à l’Allemagne tout entière et dépasser même largement les frontières, ne lui a nullement tourné la tête au point qu’il en vienne à se prendre pour une vedette ou pour quelque personnalité marquante. J’ai eu la rare chance de passer plusieurs heures en sa compagnie et d’apprendre de lui, homme ordinairement si discret, quelque chose de sa vie. Il n’aime pas être assailli de questions, on doit le laisser s’exprimer de lui-même. On a souvent l’impression qu’il connaît les pensées de son interlocuteur, car il enchaîne précisément sur ce que l’autre était en train de penser. Puis il continue comme s’il se parlait à lui-même, oubliant la présence de celui qui l’écoute. Son regard plonge alors dans le lointain. A part son faible pour les cigarettes et pour le café assez fort, il n’a, à vrai dire, aucun besoin particulier. Son habillement est d’une modeste simplicité. Il vit dans la maison de parents reconnaissants dont l’enfant - celui-là même qui, à présent, joue à nouveau gaiement dans le jardin - était atteint de maladie incurable et fut guéri par lui. Madame Hülsmann doit déployer tout son charme convaincant pour l’inciter à manger: "Il ne mange presque rien et dort à peine depuis trois mois." […] Tout le monde dit la même chose dans la maison. J’ai pu voir en effet que Bruno Groening ne demandait ni n’acceptait le moindre argent pour les guérisons. Il reçoit quotidiennement quelque deux mille lettres, plusieurs centaines de lettres recommandées, plus de trois cents télégrammes et des montagnes de colis et de petits paquets. Il a expressément ordonné à ceux qui l’aident dans cette tâche de renvoyer à l’expéditeur l’argent glissé dans les lettres ainsi que les paquets laissés fermés"·24

Ceux qui ont vécu cela de près accentuent tous ce détail qu’en dépit de sa popularité, Bruno Groening était resté lui-même. En aucun cas, il ne voulait passer pour un Docteur Miracle ou se faire valoir de quelque façon que ce soit. Ces qualificatifs superficiels dans les gazettes à sensations lui répugnaient au plus haut point.

"Je ne dois pas me mettre en valeur", répétait-il toujours, "mais je dois suivre ma vocation, quel qu’en soit le chemin."·25

Ce besoin pressant d’aider les autres le poussa à déployer jour et nuit une activité sans relâche pendant sa présence à Herford. S’estimant intérieurement comme étant "un petit serviteur de Dieu", il voulait que ses paroles permettent d’accéder à ces forces divines curatives. Il se sentait un peu comme un instrument de communication, ou, si l’on préfère, comme un canal laissant couler ces forces. Il ne cessait de répéter et de souligner que ce n’était pas lui, mais "cela" - la force divine - qui réalisait les guérisons. Plus le cercle de ceux qui cherchaient la guérison était étendu, plus la force qu’il communiquait prenait de l’ampleur, et plus il en était heureux. Et dans la mesure où cette situation pouvait être réalisée sans entrave, il se sentait alors comblé à un point tel que, comme il le disait, il n’éprouvait ni faim ni fatigue. J’ai entendu régulièrement faire de telles constatations.

Ses prédispositions religieuses lui dictaient de ne rien accepter qui fût de caractère matériel en échange des guérisons. Il affirmait qu’il risquait de perdre cette force s’il en abusait, c’est-à-dire s’il en tirait quelque profit. Il voyait l’acte de guérison comme un acte de grâce, un cadeau de Dieu qui ne présuppose aucun paiement mais bien plus, un changement intérieur, un retour à la foi et à l’amour. Des amis lui apportaient le peu dont il avait besoin, et il en redonnait encore la moitié. Partout Bruno Groening trouvait des portes ouvertes et l’on rivalisait d’empressement pour l’accueillir chez soi.

Le superintendant du district ecclésiastique de la paroisse de Herford, M. Kunst, qu’un grand nombre de personnes avaient interrogé, prit contact à plusieurs reprises avec Bruno Groening, et commenta ses entrevues avec lui.

En voici un extrait:

"Il n’est pas dans mon intention de présenter une opinion définitive, un peu par égard envers les efforts des médecins; je désire pourtant mentionner quelles ont été les questions particulières que je lui ai posées sur la base des Saintes Ecritures. J’ai abordé le thème de la première lettre de Saint-Jean, Chap.4, 1-6. Monsieur Groening m’a donné une réponse très claire sur la question du Christ. Personnellement, j’ai attaché presque plus d’importance au fait qu’il a cité avec tant de candeur, pendant l’entretien qu’il eut avec la presse, la prière des enfants: "Je suis tout petit…", et au fait qu’il s’est adressé à tous ceux qui étaient là en évoquant Notre Seigneur Jésus.[…] Je n’ai aucune raison de penser que Monsieur Groening cherche à tirer un quelconque profit financier de ce don personnel. Il m’a plus dfois affirmé sa résolution de demeurer pauvre. Il me fut aussi rapporté - et de source digne de foi -, que des sommes fabuleuses lui auraient été offertes par une personne aisée souhaitant recouvrer la santé. Et je sais qu’il a rejeté une telle offre."·26

Malgré ou peut-être grâce au grand retentissement de son action dans le monde, certains milieux commencèrent à afficher ouvertement leur réticence à l’encontre de Bruno Groening. C’était par centaines de milliers que, le sachant à Herford, les personnes étaient accourues. Et quand, au début de son action et des guérisons, il reçut plus d’un million de lettres·27, on prit clairement conscience de l’étendue de la misère frappant cette époque.

Un nombre considérable de personnes motivées par l’argent s’employèrent à se frayer un passage jusqu’à lui et ceux-là même qui s’étaient infiltrés dans l’entourage des intimes se servirent souvent de son nom par intérêt personnel. Quant au mode de guérison même, il dut être confronté à un esprit hermétique déjà profondément enraciné, ainsi qu’à une attitude partiale farouchement négative, très répandue dans les cercles académiques parmi lesquels on comptait plus d’un médecin influent, ce qui finit par entraver l’action de Bruno Groening. Il s’ensuivit une campagne impétueuse, particulièrement mise en évidence soit à travers les récits tendancieux parus dans les journaux soit au cours des très nombreux procès. On fit appel à n’importe quel moyen pour discréditer cet homme auprès de l’opinion publique et pour dénigrer ses guérisons. Au début, on se contenta de considérer ce qu’il faisait comme étant le dérivatif d’une suggestion, - ce qui, objectivement, est faux puisqu’on a pu vérifier la guérison incontestable d’organes, chez des mutilés de guerre par exemple. Par la suite, ce fut une vague toujours plus grande de dénonciations, généreusement diffusées par beaucoup de journaux, tant et si bien qu’une éventuelle confiance placée par un malade ne l’ayant, hélas, encore jamais vu, mais qui n’aurait pas douté de l’intégrité de sa volonté, cette confiance donc s’en trouvait sérieusement ébranlée.

Il est toujours surprenant de noter à quel point les médias exercent leur emprise sur l’opinion publique, disposant à leur gré du sort réservé à tout un chacun. Les comptes rendus dans lesquels on allait jusqu’à écrire n’importe quoi sans pudeur ou feindre honteusement la neutralité à ce sujet, sembleraient bien traduire le cri déchirant de cet esprit qui caractérise l’époque. C’est lui qui, nourri des fantasmes d’un matérialisme athée menant au néant, a conduit à la destruction de ce lien vital engendrant le salut et reliant le monde humain à la source de Vie. Bruno Groning était convaincant quand il désignait Dieu comme le plus grand médecin de tous les hommes; et c’est cette énonciation, démontrée par le fait de la guérison, qui mit le doigt sur le point le plus vulnérable de cette fausse vision du monde.

La cohorte des affligés

Celui qui examine attentivement la voie poursuivie par Bruno Groening au cours de sa vie publique perçoit clairement à quel point il était conséquent dans sa façon d’agir. Imperturbablement, cet homme travailla à édifier une base solide pour une activité ordonnée, et ce, malgré toutes les oppositions. A ses yeux, sa mission était de réaliser une assise robuste offrant aux hommes la possibilité, même après son passage ici-bas, d’accéder de manière simple à la force curative de Dieu. Cependant, une presse avide de sensationnel et un appareil administratif inflexible rendirent difficile la réalisation de tels objectifs durant les années de son action.

Les autorités ne l’aidèrent en rien à résoudre le problème de l’afflux considérable des malades: de mars à juin 1949, on compta jusqu’à 5000 personnes qui se rassemblaient chaque jour sur la Place Wilhelm, à Herford, en espérant son aide. Un peu plus tard, de fin août jusqu’à la mi-septembre 1949, la foule fut six fois plus importante au Traberhof, un ancien établissement d’élevage de chevaux près de Rosenheim, qui avait été mis à sa disposition par le propriétaire.

Mais ce n’était pas tout: à Herford, il reçut de nombreux appels à l’aide provenant de la Rhénanie et des localités aux alentours. Il parla à plusieurs reprises devant une foule très nombreuse à Viersen. Outre cela, il rendit encore visite à des personnes isolées qui, dans leur misère, l’avaient prié de venir répandre le baume de ses paroles. Il n’en fut pas autrement au Traberhof près de Rosenheim, d’où il entreprit même des voyages dans le nord de l’Allemagne où on l’appelait.

Les témoins de l’époque étaient particulièrement émus par la foi profonde qu’exprimaient ces milliers de personnes recherchant la guérison, cette foi que Bruno Groening avait su réanimer. Beaucoup de personnes se remettaient à prier, rompant avec l’indifférence passée. Souvent aussi, cette foi nouvellement réveillée unissait toute la foule qui, spontanément, entonnait alors des cantiques.

En contrepartie, et dans une mesure tout à fait disproportionnée, s’élevaient les réactions des médecins influents et de beaucoup d’autorités officielles.

Dès le début de son action, Bruno Groening s’efforça d’obtenir la collaboration des autorités compétentes. Cependant, après plusieurs entretiens à Herford, aucun rapprochement n’eut lieu pour régler le problème, et, au début de mai 1949, on lui interdit d’exercer ses activités.

Kunst, à l’époque surintendant ecclésiastique des paroisses locales, et déjà cité plus haut, exprima son avis sur les événements de Herford:

"Quand Monsieur Groening vint à Herford en 1949, des rumeurs se répandirent dans toute la ville et les environs au sujet de ses guérisons miraculeuses. Les journaux locaux […] écrivirent des articles détaillés. Les représentants de la presse m’amenèrent en contact avec Monsieur Groening - j’étais alors surintendant du district ecclésiastique de Herford. Il vint plusieurs fois à mon domicile pour s’entretenir avec moi. De semaine en semaine, les événements se firent de plus en plus tumultueux. Des milliers de personnes venaient de la République Fédérale et de l’étranger pour chercher de l’aide auprès de Monsieur Groening. Lorsque le maire de la ville de Herford voulut interdire à ce dernier son activité, le danger fut réel de voir cette foule vivement excitée et forte de plusieurs milliers de personnes, envahir l’hôtel de ville. Une commission d’examinateurs fut créée, dans laquelle se trouvaient Monsieur Meister, le maire de Herford, Monsieur le Professeur Schorsch de Bethel et les conseillers en médecine de là Detmold. J’ai présidé durant quelque temps ce comité. La commission de contrôle prit tellement son travail au sérieux qu’elle entama des pourparlers avec Monsieur Groening et recueillit le témoignage de personnes guéries. Les négociations ne donnèrent pratiquement aucun résultat, puisque les médecins considéraient que l’action de Monsieur Groening avait un caractère médical, raison pour laquelle ils prenaient soin de s’adresser à lui dans une terminologie strictement médicale. Or il s’avéra que Monsieur Groening n’examinait nullement les personnes qui venaient à lui. Je n’ai eu connaissance d’aucun cas où Monsieur Groening ait touché le corps d’un patient, ni incité un malade à renoncer à l’assistance des médecins spécialistes, ni qu’il ait prescrit quelque médicament que ce soit."·28

Pendant dix ans et jusqu’à sa mort, Bruno Groening n’aura cessé de se battre pour obtenir une autorisation officielle de guérir.

Lui, dont l’œuvre s’apparentait plus à celle d’un prêtre qu’à celle d’un médecin ou d’un naturopathe, chercha toutes les solutions possibles pour venir en aide aux malades, sans en être empêché par la police ou la Justice.

Il se prêta à l’examen d’une commission médicale de contrôle, à Heidelberg, qui vérifia positivement les guérisons qu’il avait obtenues, sans pour cela lui ouvrir la voie. Il s’efforça durant des années de créer des centres de guérison où il aurait été possible, en collaboration avec les médecins, de mettre sur pied un contrôle scientifique réglementé des guérisons obtenues grâce à des examens médicaux effectués avant et après son intervention. Ce fut pourtant un échec face à l’esprit mercantile des personnes qui lui offraient leur aide, face aussi à l’opposition des autorités. Bien que Bruno Groening fût convaincu que son action n’avait rien de commun avec les méthodes thérapeutiques usuelles, il se trouvait prêt à s’acquitter des formalités légales pour devenir naturopathe (Heilpraktiker), et il se disposait à passer des examens pour pouvoir exercer l’art de guérir, mais ceci lui fut interdit.

Dans un tel contexte, il lui fallait posséder une singulière force de volonté pour ne pas se laisser aller au désespoir.

Du reste, il ne trouva pratiquement qu’un rare soutien de la part des médias. Au contraire, face à des organes de presse refusant pour la plupart l’information objective et indépendante, et face à l’attitude négative des cercles médicaux ou ecclésiastiques, il se trouva bien peu de journalistes décidés, après enquête personnelle, à fournir à leurs lecteurs une image impartiale de Bruno Groening. Dans la plupart des cas, on se contenta, sans les avoir contrôlés, de reproduire les articles de presse à caractère négatif. De cette façon, on évitait d’entrer en conflit avec les milieux faisant autorité. Il est pourtant intéressant de constater que ceux des journalistes qui, par un contact personnel avec l’intéressé, avaient pu se faire une idée précise de la personne et de son œuvre, en vinrent à un point de vue radicalement différent. L’article de presse paru au début des années 50 dans la revue "Das offene Wort" (journal indépendant pour les questions d’actualité et la tolérance, Editions PAD à Münich) en est un exemple.

Le journaliste communiquait son impression dans un article intitulé: "Groening […] comme il est réellement!"

Il avouait reconnaître la peine que se donnait Bruno Groening et les difficultés qu’avait ce dernier à exercer une activité sans contrainte; et il lui savait infiniment gré d’avoir eu la fermeté de refuser de nombreuses propositions lucratives venant de l’étranger, et de rester en Allemagne où les gens, abattus par la guerre, avaient tant besoin d’aide. Pour l’auteur, Groening était une personnalité qu’il estimait pour sa droiture et pour sa détermination à suivre une mission intérieure, en dépit "des articles de bas étage et d’un tape à l’œil recherché parus dans la presse" et malgré les "interdictions et autres empêchements officiels" destinés à le gêner. Il le dépeignait comme un homme "empli d’une extrême bonté humaine et faisant preuve de grands sacrifices pour accomplir sa vocation: guérir". D’après lui, l’action de Bruno Groening se situait au-delà des connaissances expérimentales actuelles. Son but était "d’aider les gens et de les conduire sur le chemin du renouvellement intérieur". Il résumait la question en rappelant que, de tout temps, "une théorie provoque d’abord les quolibets puis l’hostilité, avant d’être enfin reconnue comme évidente".

Pour terminer, il écrit: "L’expérience nous montre qu’il en est ainsi, et nous les hommes, toujours aussi intolérants, ne savons pas en tirer la leçon."

Nonobstant toutes ces difficultés, Bruno Groening persista par principe à refuser tout argent pour les guérisons, tout en consacrant, d’un autre côté, la totalité de son temps et de sa force à aider les gens en détresse, dans toute l’Allemagne et en Autriche. L’exercice d’une quelconque activité professionnelle normale ne lui était donc pas possible.

Il était dépendant de l’hospitalité et de l’aide spontanée des autres. C’est pourquoi les procès le plongèrent dans une grande misère financière.

Sa façon d’agir purement intuitive paraissait souvent inexplicable à l’intellect raisonnable ou exclusivement épris de logique. Quelquefois il se laissa même approcher par des personnes qui, sous prétexte d’apporter leur aide, étaient venues auprès de lui, mais en réalité il apparaissait ouvertement qu’elles voulaient en retirer du profit. Parfois il alla même jusqu’à se mettre jusqu’à un certain point à leur merci et il toléra un certain temps leur comportement. Et s’il s’avérait que ces personnes-là n’orientaient pas leur ligne de conduite vers le Bien, en se départant librement de leurs machinations égoïstes, et qu’aucun changement intérieur n’était en cours malgré tous ces faits poignants, alors il mettait à découvert leurs agissements. Ce sont ces individus-là, anciens collaborateurs, que l’on verra souvent, de procès en procès et de "révélation" en "révélation", se transformer en détracteurs acharnés, le présentant sciemment au public sous un jour soigneusement falsifié. Et pourtant, en dépit des ennuis provoqués par ces "profiteurs", jamais un mot de réprobation à leur égard dans la bouche de Groening: au contraire, que l’un d’entre ceux qui lui portèrent à ce point préjudice lui demande de lui accorder une seconde chance, il l’obtenait derechef. (voir chap 5).

Ce comportement, réellement inhabituel, devient compréhensible si l’on prend conscience que la guérison par la voie spirituelle est un processus très fragile, qui peut être facilement perturbé par des radiations mentales contraires. C’est ainsi qu’une personne très négative peut entraver de façon sensible le travail des forces de guérison, de manière implicite ou, à plus forte raison, par une attitude négative exprimée franchement. La plupart des personnes présentes étaient presque toujours des inconnus pour Bruno Groening, sa réaction était uniquement le résultat de ses capacités de réception extraordinairement accrues.

Mais il se montrait, de la même façon, intraitable si l’on essayait d’acheter la guérison moyennant rétribution sonnante.

Dans son livre, E.A. Schmidt rapporte un pareil cas:

"Il faudrait également mettre sur ce plan les cas, maintes fois reproduits, de solliciteurs aisés venus à lui pour le supplier de les aider, ajoutant qu’ils étaient prêts à lui verser 5.000 Marks et plus en contrepartie. En cette circonstance, un "déclic" se produit chez Bruno Groening, en un mode fort perceptible et visible non seulement pour ceux qui l’entourent, mais même pour ceux qui se tiennent en dehors. Le contact s’en trouve rompu, et il s’exclame, accompagnant ses paroles de gestes de refus: "Je ne vends pas la santé." Il prend ses distances, et nous avons alors, nous les collaborateurs, la tâche peu réjouissante de prendre congé poliment de pareils demandeurs. Voici encore un autre cas où j’ai vécu la scène suivante: Groening s’assit en face de la personne en question et il lui dit en gros ceci: "Je sais que vous êtes un homme riche. Et je sais aussi que vous n’avez pas acquis votre fortune de façon honnête. Vous avez exploité vos ouvriers et vos employés, et c’est avec cupidité que votre argent et vos biens ont été amassés. Vous n’avez pas accompli de bonnes œuvres et votre fortune n’est certes pas décemment acquise. "Le personnage à qui s’adressait un tel blâme devint nerveux et remua dans tous les sens, sur sa chaise, visiblement irrité. Il devint rouge, on ne sut si c’était de gêne ou de colère, puis, sans un mot, quitta la pièce."·29

Kurt Trampler put observer des scènes identiques:

"Je vis plus d’une fois qu’il renvoyait abruptement des personnes venues chercher une aide parce qu’elles voulaient lui proposer de l’argent."·30

Malgré toutes les oppositions déjà mentionnées, Bruno Groening put atteindre l’objectif qu’il s’était fixé. En 1953, il fonda l’Association-Groening afin de pouvoir, sous le couvert d’une association, donner des conférences dans les différentes villes. Ainsi se créèrent des "communautés" dans lesquelles, Bruno Groening n’étant pas forcément présent, des personnes guéries encadraient, en remerciement de l’aide reçue et sans être rémunérées, les nouveaux venus à la recherche de la guérison.

Lui-même avait déjà souvent souligné que sa présence n’était pas un facteur indispensable pour la réalisation des guérisons:

"Chaque personne guérie peut transmettre la guérison" disait-il, et de nombreux rapports établis dans les communautés touchant les guérisons survenues en son absence le prouvent de manière assez frappante.

Après avoir vainement tenté de renouer des liens avec sa première épouse, il se remaria en 1955. Josette, sa deuxième femme, une Française, s’appliqua dans la mesure de ses moyens à l’épauler dans l’instauration de nouvelles communautés.

Mais peu après la fondation de la Ligue Groening s’ouvrit alors le "Grand Procès" par lequel on allait s’évertuer à mettre un terme à son activité. La période qui suivit fut la plus dure de toute sa vie. Les attaques lancées par la presse atteignirent leur apogée durant cette phase. Beaucoup de ceux qui s’étaient engagés dans les communautés d’Allemagne et d’Autriche pour aider ceux qui avaient besoin d’appui durent subir des interrogatoires de la part de la police. On brandit la menace de les poursuivre et de les faire comparaître devant un tribunal pour "exercice illégal de la médecine". Cela ne se produisit jamais, cependant ces intimidations laissèrent des traces chez plus d’un.

Durant ces années, Bruno Groening s’astreignit infatigablement à raffermir les jeunes communautés mises en péril par les attaques publiques, en même temps qu’il devait faire face aux préoccupantes préparations du procès. Ses efforts furent cependant très limités par le manque d’argent.

Une femme, témoin de cette époque, raconta avoir été très impressionnée par le fait qu’il avait conservé, même en cette période de contraintes extrêmes, un calme et une tranquillité difficiles à expliquer, ainsi que cet humour typique qui lui était propre. Elle put observer une semblable attitude au cours des débats judiciaires du dernier procès, aussi pesants fussent-ils pour lui. Elle s’était approchée de lui pendant l’interruption d’une séance; il lui avait seulement adressé un sourire significatif, en ajoutant qu’il était fort bien connu "qu’on ne mange jamais aussi chaud que l’on cuisine".·31

Bruno Groening mourut en janvier 1959. Cet événement causa la suspension du procès, sans qu’un jugement définitif ait été rendu. On réalisa, après coup seulement, combien Bruno Groening avait eu raison de déployer tant d’efforts pour édifier, au-delà de son existence terrestre, une base, à travers les communautés, résistant à toute épreuve. Il s’agissait d’offrir la possibilité de guérison à ceux qui la cherchaient: aujourd’hui encore, et bien après sa mort, les guérisons continuent.

"Il était véritablement épris de Dieu"

Bruno Groening avait, au cours des décennies de luttes intérieures qui précédèrent son action publique, laissé grandir en lui une qualité qui fait défaut chez la plupart de nos contemporains.

Katharina Dichtl (82 ans), naturopathe de M., eut l’occasion de l’observer de très près tout au long des mois où s’élabora son œuvre. C’est en une phrase extrêmement courte qu’elle caractérise cet attribut essentiel:

"…c’était un homme véritablement épris de Dieu."·32

Cet amour envers Dieu fit croître en lui un amour envers les hommes très inhabituel en ces temps de froideur de cœur. Madame Dichtl put longuement observer le dévouement et la tendresse qu’il manifestait à ceux qui recherchaient son aide, tout particulièrement vis-à-vis des enfants qu’il portait spécialement dans son cœur et auprès desquels Madame Dichtl fut témoin de guérisons spontanées.

Inge Thiede m’a fait état d’une semblable impression. Au long des années passées en contact avec Bruno Groening, elle évoquait ce quelque chose qui émanait de lui et qu’elle n’a jamais plus ressenti chez une autre personne. C’était extrêmement difficile à déterminer; on ressentait en lui un amour infini et une profonde compassion surtout à l’égard des malades. C’était malgré soi qu’on absorbait cet amour qui se déversait, et on ne pouvait que l’en aimer en retour.

"Mais c’était un autre amour que celui entre homme et femme, continuait-elle, on pourrait le caractériser comme un amour spirituel. C’est un sentiment qui pénètre jusqu’au plus profond de l’âme, qui procure une intense sensation de bonheur et une profonde paix. Je ne fus pas la seule à éprouver ce sentiment d’amour en présence de Bruno Groening, mais beaucoup d’autres personnes encore, aussi bien hommes que femmes le ressentirent également."·33

Christa et Werner Hasse de S. parlèrent, eux aussi, d’un sentiment puissant d’amour et de paix et d’une sensation de force qui les emplissaient quand ils se trouvaient avec Bruno Groening. Il leur avait rendu fréquemment visite et il y avait un je ne sais quoi qui se dégageait et rayonnait autour de lui. Ils furent également étonnés de constater que, pendant les quelques jours où il séjournait chez eux, et bien qu’il y eût peu d’occasions de dormir, ils ne ressentaient pas la fatigue ni la faim.·34

Christa Pohl (55 ans) de G. désigne elle aussi par "amour spirituel" cet amour ressenti en la présence de Bruno Groening, aussi bien par elle-même que par d’autres personnes. Au cours des conférences données dans la communauté de Springe où elle se rendait, Bruno Groening parlait très souvent de l’amour pour les humains, les plantes et les animaux. Elle avait l’impression que l’amour était ce qui avait le plus d’importance pour lui. Pendant les conférences, elle éprouvait un calme, une paix, un sentiment dême bien-être qu’elle ne peut reproduire par des mots.

Madame Pohl disait: "Il faut avoir ressenti soi-même de telles sensations et éprouvé de tels sentiments pour arriver à réaliser pareille chose impossible à décrire."·35

Que ce soit à Husum, à Hameln ou à Herford, au lac de Constance, à Munich ou en quelque autre endroit de l’Allemagne ou de l’Autriche, les gens qui eurent, du vivant de Bruno Groening, un contact prolongé avec lui et à qui fut donnée l’occasion de connaître l’homme réel, s’expriment, à son propos, en termes de respect sincère, ainsi que j’ai pu m’en convaincre personnellement. Dans les déclarations faites par les témoins, on relève constamment ce point commun qu’il y avait quelque chose de tout à fait particulier chez lui, sans qu’on puisse préciser davantage la nature de ce sentiment. A côté des notions déjà signalées plus haut, il est également fait mention de la sensation d’une lumière ou d’une grande force enregistrée par certains comme émanant de lui. Dpersonnes encore décrivaient une sensation de bien-être inexplicable, ressentaient une légèreté inhabituelle et de la joie lorsqu’elles se trouvaient avec lui.

"Je ne suis rien d’autre qu’un homme qui est resté tout à fait naturel"

Bruno Groening avait conservé toute sa vie ce grand attachement qui l’avait lié à la nature durant son enfance. La mer et les montagnes l’attiraient puissamment, et souvent il restait longtemps assis à les contempler, immobile, laissant les sensations pénétrer en lui. Il s’approchait avec une précaution infinie des animaux et des plantes et il n’avait pas le cœur à cueillir une fleur. Les nombreux témoignages que je pus recueillir font état de cette vénération primitive en lui pour chaque forme de vie, car il sentait Dieu en toute chose. Mais on remarquait chez lui l’absence de tout rituel, son attitude ne semblait pas composée ou stylisée, on pouvait sentir qu’elle correspondait à sa nature.

Bien des traits caractéristiques de l’enfant demeurèrent chez l’adulte. Ils transparaissaient immédiatement dans sa manière d’être peu compliquée et très ouverte ainsi que dans une prédisposition marquée à faire confiance.

Bruno Groening dit un jour à ce sujet:

"Je suis un enfant et je le reste […], je ne me changerai pas, non, et vous tous et chacun d’entre vous pouvez croire ce que vous voulez. Je suis et reste un enfant, je suis seulement un enfant de Dieu, pas plus; je n’ai aucune prétention, non, et j’ose le dire sans lâcheté, car je sais que je suis seulement un enfant. Mais beaucoup de gens ne sont plus des enfants, parce qu’ils sont adultes."·36

Il pouvait aussi se réjouir comme un enfant des plus petites choses de la vie. Par exemple, on lui procurait une grande joie avec une soupe de pommes de terre dont il était friand. Quand on le fréquentait, on n’avait pas l’impression d’avoir en face de soi un homme dérobé au monde. On pouvait, bien au contraire, s’entretenir avec lui comme à l’accoutumée avec n’importe qui. En la circonstance, il accordait une place majeure à l’humour et il savait rire de bon cœur, même si, la plupart du temps, il se montrait d’un abord plutôt sérieux et taciturne.

Souvent, à la fin de ses conférences, Bruno Groening demeurait encore avec des intimes, en cercle restreint. Les personnes présentes étaient alors amplement instruites sur le royaume qui existait dans l’au-delà, et maintes questions muettes sur Dieu et les secrets de la vie reçurent ici une réponse. Ces réunions duraient souvent jusqu’au matin.

A diverses reprises, Christa Pohl resta jusqu’au petit jour à ces réunions, à Springe, et elle relata une expérience assez curieuse survenue après l’une de ces soirées.

La réunion avait duré jusqu’à six heures du matin et aussitôt après, elle devait se rendre à son travail à Hanovre. Au moment de la séparation, Bruno Groening l’avait rassurée, elle n’avait pas besoin de s’en faire en allant à son travail, la journée se passerait très bien pour elle. Il en fut ainsi jusqu’à quinze heures. Tout à coup, elle sentit une fatigue pesante l’envahir. S’adressant mentalement à Bruno Groening, elle lui rappela sa promesse. Au même instant, elle eut la sensation d’être revigorée et à nouveau tout à fait éveillée. Son travail terminé, elle retourna à Springe où elle fut accueillie par lui. Avant même qu’elle n’ait pu dire un mot, il lui lança en souriant: "Alors, comment était-ce cet après-midi, à quinze heures?" Apparemment, il connaissait les pensées qui l’avaient effleurée en cet instant-là, tandis qu’elle se trouvait à bonne distance, à Hanovre.·37

Une autre femme ayant fréquenté Bruno Groening plusieurs années, me raconta un autre événement vécu personnellement:

"Au cours d’une réunion avec Bruno Groening chez Monsieur Loy, à Klagenfurt en Autriche, le cercle vint s’agrandir dans la soirée avec l’arrivée des époux S. Monsieur Groening connaissait l’épouse, mais son mari lui était inconnu. Quelque temps après, Monsieur Groening se tourna vers l’homme et se mit à s’entretenir de navires avec lui, conversation à laquelle j’assistai. Le sujet s’enfonça toujours plus dans les détails, Bruno Groening conversant avec cet homme comme quelqu’un qui connaîtrait pleinement cette matière. Après un certain temps, Monsieur S., décontenancé, s’esclaffa:

"Monsieur Groening, mais ce sont là des détails que vous ne pouvez pas du tout connaître!" Monsieur Groening sourit simplement et il répondit avec humour: "Oui, eh bien disons que je suis un vieux loup de mer." Comme il le confia plus tard, Monsieur S. avait parfaitement réalisé que ce savoir-là ne pouvait provenir que d’une source plus élevée. Lui-même avait été spécialiste en constructions navales et avait assumé, pendant la guerre, une grande responsabilité en ce domaine, ce que Monsieur Groening ne pouvait pas du tout savoir. Il était resté déconcerté en constatant que Bruno Groening était au courant de choses dont lui-même n’avait pris connaissance que par sa position pendant la guerre, puisqu’il s’agissait d’informations secrètes."·38

Il fut noté un cas semblable dans la famille Weber, à Essen. Bruno Groening se mit inopinément à discuter de construction aéronautique avec un journaliste présent. Au bout d’un certain temps, le reporter demanda étonné d’où il sortait toutes ces connaissances. Ce que tout le monde ignorait, c’est que ce journaliste avait occupé pendant la guerre un poste éminent dans les forces aériennes, et il s’y connaissait fort bien en construction aéronautique.·39

Käthe Tams de B. rapporta une aventure pour le moins peu commune, qu’elle tenait de Monsieur Loy. Celui-ci était parti se promener avec Bruno Groening quand, au milieu de leur entretien, ce dernier disparut subitement. Malgré toute sa meilleure volonté, Monsieur Loy ne put le trouver. Cinq minutes s’étaient écoulées qu’il était à nouveau là, devant lui, et il demanda seulement: "Ah! Vous aviez peur que je me sois sauvé?" Monsieur Loy ne sut que répondre. Il n’arrivait pas à s’expliquer comment un homme pouvait tout simplement devenir invisible.·40

Elle se souvenait aussi d’un autre épisode. Bruno Groening était lié d’une amitié étroite avec Monsieur Preuel. Un jour, ils avaient entrepris de faire ensemble un tour en voiture. Au milieu du parcours, Bruno Groening avait posé sa tête sur le volant comme s’il avait voulu dormir. Cinq bonnes minutes avaient dû s’écouler ainsi, tandis que la voiture continuait sa course sans quitter la route. Monsieur Preuel commença toutefois à être gagné par l’inquiétude. L’ayant remarqué, Bruno Groening se tourna vers lui et lui demanda s’il croyait qu’il allait heurter quelque part un obstacle. Monsieur Preuel avoua ses craintes, ce à quoi Bruno Groening répondit simplement: "Non, je sais quand même conduire."·41

Grete Häusler de Hennef/Sieg, qui connaissait Bruno Groening depuis 1950, année de sa guérison, me rapporta cet incident: en compagnie de Monsieur Petz et des époux Bavay, elle s’était rendue de Rosenheim à Augsbourg, chez Bruno Groening. Tard dans la nuit, ils voulurent reprendre le chemin du retour, mais voilà que le feu arrière de la voiture ne fonctionnait plus. Malgré une vérification en long et en large, Monsieur Petz ne réussit pas à trouver le point défectueux. Il pria Bruno Groening de l’assister. Mais au lieu de contrôler le feu arrière, celui-ci se posta, les bras croisés derrière le dos, devant le capot relevé du moteur, et il regarda à l’intérieur. Au même moment, les feux arrière se rallumèrent.·42

Dans son livre:" Das Heil erfahren, das ist Wahrheit " (Vivre le salut, c’est cela la vérité), Madame Häusler raconte un autre événement. Le 25 mai 1952, Bruno Groening parla, chez elle, devant plusieurs personnes en quête d’aide. Parmi celles-ci se trouvait Madame Kulle, 73 ans, souffrant gravement du cœur. Ce même soir-là, elle fut guérie. Elle réussit tout à coup à effectuer à nouveau des exercices que sa grave maladie l’avait empêché de faire jusqu’à présent.

Grete Häusler décrit cette scène de la façon suivante:

"Elle éprouva la nécessité de refaire les exercices et elle ne se sentait plus de joie, car elle n’aurait jamais cru pouvoir les refaire encore dans sa vie. Elle rayonnait de bonheur. Monsieur Groening dit affectueusement: ‘C’est votre fils qui va être content.’ Elle s’en défendit et répondit: ‘Monsieur Groening, je n’ai pas de fils.’ Je pensai en moi-même: ‘Tu vois, il ne sait quand même pas tout. C’est fâcheux pour lui.’ Mais Monsieur Groening en était sûr et il demanda encore: ‘N’avez-vous pas eu un fils?’ ‘Oui’ répondit Madame Kulle, ‘mais il y a trente ans de cela. C’était un bébé quand il est mort.’ ‘Vous voyez bien, un fils!’ dit Monsieur Groening avec un sourire entendu. ‘Il le voit maintenant et il s’en réjouit! Il a seulement un autre habit maintenant.’"·43

Ce qui venait de se produire se déroula dans une ambiance bien éloignée des cachotteries obscures. Bruno Groening abordait et appliquait d’une manière très naturelle ces facultés que l’homme ordinaire considère comme incroyables. Celles-ci, tout comme les guérisons et autres événements extraordinaires, n’étaient guère à classer, selon lui, dans les miracles, mais elles n’étaient que l’expression d’un lien profond avec la nature, c’est-à-dire avec Dieu.

On arrive alors à comprendre, en considérant les choses sous cet angle, pourquoi Bruno Groening disait de lui-même: "Je ne suis rien d’autre qu’un homme qui est resté tout à fait naturel."·44

Sa manière naturelle et sans contrainte apparaissait de façon manifeste dans ses discours. Pour s’y préparer, il s’isolait et se recueillait intérieurement, afin de se concentrer. Il ne préparait jamais un plan par écrit. Les paroles lui venaient librement. Sa manière de parler était très inhabituelle. Souvent, il s’interrompait et il posait alors des questions à certaines personnes présentes, engageant souvent dans la foulée la conversation avec elles. Il y avait parfois des passages, insérés au beau milieu de ses discours, qui semblaient n’avoir aucun lien entre eux; il ne faisait que répondre par là aux questions exprimées mentalement par maint auditeur. Madame Christa Pohl, témoin de cette époque, put confirmer ceci. Elle se souvenait avoir souvent relevé que Bruno Groening apportait spontanément, en plein milieu de son discours, une réponse à des questions qu’elle-même ou d’autres s’étaient posées seulement en pensée, ce qui aurait pu paraître incohérent à un auditeur non averti. Quant à elle, elle avait soudain discerné et compris, au cours d’un discours, qui pouvait bien se trouver en face d’elle, en la personne de Bruno Groening. A peine avait-elle été traversée de cette pensée qu’il s’arrêta dans son discours, se tourna vers elle et lui dit: "Ce que vous venez de penser, gardez-le s’il vous plaît pour vous."·45

Tout dogmatisme, quel qu’il soit, lui était étranger. Il n’interdisait jamais quoi que ce soit à qui que ce soit. Il s’agissait seulement pour lui de conseiller, de transmettre ce qu’il appelait parfois sa sagesse de vie. Il ne disait jamais qu’il y avait obligation de faire ceci ou cela, et ce n’était pas du tout son genre de lancer des interdits. Christa et Werner Hasse purent faire ces mêmes observations, un jour qu’ils avaient été invités, à Noël, chez Bruno Groening. Plusieurs invités buvaient du punch. Bruno Groening était un adversaire déclaré de l’alcool, pourtant, même en une telle circonstance, il ne l’a point prohibé.·46

L’avis de médecins compétents

Parmi les médecins capables de dépasser la conception étroite de la médecine classique au sujet de la santé et de la guérison, et disposés à croire en une force supérieure agissant à travers cet homme, parmi ces médecins donc, comment jugeait-on Bruno Groening? Et que représentait-il pour eux, comment percevaient-ils son activité, eux qui s’étaient libérés des préjugés de notre époque matérialiste?

Hella Emrich, doctoresse et codirectrice de publication de la revue "Neues Europa", et son mari Louis Emrich, entretinrent de longues années des contacts avec Bruno Groening.

Il rendait fréquemment visite au couple, dans leur maison à Baden, et une amitié cordiale s’était épanouie entre eux. Au cours d’un entretien, elle me le décrivit comme un homme simple mais très intelligent.

"Il rayonnait une grande chaleur dans sa manière d’être; auprès de lui, on se sentait tout simplement bien. Fréquemment, lorsqu’il venait avec sa femme nous rendre visite, nous restions simplement assis ensemble, en silence. On n’avait pas besoin de parler beaucoup en sa présence, c’était déjà tout simplement sa seule présence qui transmettait énormément de force."·47

Dans son livre "Geheimnisse der Wunderheilungen, Versuch einer objektiven Darstellung umstrittener Probleme der Heilkunst" (Mystères des guérisons miraculeuses - Essai d’une présentation objective de problèmes controversés de l’art de guérir), elle rapporte les résultats de ses recherches de plusieurs années auprès de nombreux guérisseurs.

Dans un chapitre, elle décrit le "phénomène Bruno Groening":

"Lorsqu’il fut connu que Groening avait accompli de nombreuses guérisons lors de manifestations de foule à Herford, des malades venant de tous les pays arrivèrent en masse vers lui. […] Le résultat fut que bien vite le corps médical s’occupa de lui avec un empressement qui n’allait pas dans le sens de la bienveillance ou de la critique objective, mais de la répulsion et de l’indignation. On essaya par tous les moyens de mettre ‘l’adversaire’ hors d’état de leur nuire. […] Des groupes se formèrent qui, avec échauffement, s’affrontaient pour ou contre Groening. Il se forma une foire d’empoigne autour de Groening, dont le cortège fit apparaître des managers habiles aux affaires lucratives. Et Groening, lui, était loin de soupçonner leurs machinations. […]

Si l’on s’en tenait seulement aux comptes rendus dans la presse, on aurait du mal à croire que l’argent, le rang social ou les titres avaient si peu de valeur aux yeux de Groening.

‘Je veux ramener les hommes à la foi en Dieu. Il va les guérir’; tel était le contenu essentiel de sa doctrine de guérison. […]

Si Bruno Groening fut particulièrement méconnu et calomnié par certains milieux, c’est en premier lieu parce qu’il fut présenté à ses contemporains exclusivement comme un guérisseur-miracle. […] Sa véritable nature, extrêmement différenciée, en fut masquée, à savoir le chrétien, le messager et l’annonciateur. Seuls certains avaient entrevu ce qui constituait le centre de sa vie et le noyau de ses efforts, mais ils étaient, hélas, peu nombreux".·48

Lors du grand procès de 1955-1959, le docteur Beyer, médecin qui s’était penché depuis des décennies sur le phénomène de la guérison par voie spirituelle, déposa devant le tribunal un rapport d’expertise faisant état de cette faculté qu’avait Bruno Groening à provoquer des guérisons spirituelles. Dans ce rapport, établi à la suite de plusieurs échanges de vues avec Bruno Groening, il décrit la tâche du guérisseur spirituel comme étant celle d’un relais, d’un canal, d’un médiateur vis-à-vis de cette "immense Force créatrice de Vie qui anime l’Univers entier". Et plus loin, il dépeignait l’impression que lui laissait Bruno Groening:

"C’est pleinement dans ce sens-là que Groening conçoit son activité, et tel est bien ce qu’il exprime lorsqu’il prononce cette phrase nette et sans équivoque:

‘Ce n’est pas moi qui guéris, mais "cela" qui guérit à travers moi.‘

Cette conscience de ne pas opérer par ses propres forces mais d’être l’outil d’une puissance supérieure, est certainement le signe d’une véritable attitude religieuse. Un don si exceptionnellement prononcé, qui - comme c’était le cas chez Bruno Groening, - se manifestait sous cette forme étonnante, provoqua, on peut l’imaginer, un retentissement considérable, et c’est ce que les événements ont largement démontré. D’un côté, l’afflux massif d’une foule dans la détresse, à la porte de ce guérisseur assiégé qui ne pouvait satisfaire aux exigences posées; de l’autre, les autorités officielles, invitées à intervenir, mais qui, elles non plus, n’étaient pas à même de faire face à une telle ruée. De ce fait, le chaos qui régna alors déclencha un mécontentement général, non seulement à cause des conditions matérielles précaires, mais aussi parce que certaines personnes cupides de l’entourage de Groening ne résistèrent pas à la tentation de poursuivre et de réaliser leurs buts égoïstes, tant et si bien qu’il se dégageait encore, bien après tout ce qui était arrivé, des relents d’agissements malhonnêtes. Et dans tous ces incidents arrivés malencontreusement, on ne peut y trouver aucune participation de Bruno Groening qui fût reprochable […]

Ayant acquis, depuis trois décennies et demie et grâce à mon expérience personnelle, une profonde connaissance de ce qui touche à la guérison spirituelle, je me considère plus apte à juger impartialement de la personnalité de Bruno Groening que celui qui sdans ce domaine sans en avoir ni l’expérience, ni donc la connaissance approfondie, - ou qui tout au moins dévoilerait son manque de convictions en la matière. Mon jugement sur lui ne s’appuie pas seulement sur les nombreux articles contradictoires parus dans la presse, mais bien plutôt sur les contacts directs que j’ai eus plusieurs fois avec lui. Je l’ai connu comme étant un homme de très bonne volonté et à l’intention intègre.[…] Par conséquent, il ne devrait y avoir aucune réserve du côté des experts qui l’empêcherait de mettre ses capacités au profit d’un grand nombre de malades qu’il est réellement en mesure de secourir."·49

Un autre médecin, le docteur Gemassmer, ayant lui aussi une longue expérience dans le domaine de la guérison spirituelle, déclara, entre autres, dans son expertise sur Bruno Groening datée du 17.04.1955 et destinée au tribunal:

"J’ai fait la connaissance de Bruno Groening au cours des premiers jours de janvier 1954 et je lui ai rendu visite dans son habitation, près de Munich. Au milieu de la conversation, je lui demandai de pouvoir faire l’expérience d’une guérison. Il me répondit: ‘Dites-moi ce qui se produit en vous’ puis il s’en alla converser avec quelqu’un d’autre, à quatre mètres de là, sans plus sembler attacher d’importance à ma présence.

Après quelques minutes pourtant, je ressentis en moi une sensation semblable à un fort courant qui, à partir des voûtes plantaires, remontait en force par les cuisses. Cette sensation de courant provoqua dans un pied une violente douleur, qui disparut quelques minutes après. Une quiétude agréable m’envahit progressivement.[…] Un très fort sentiment de bien-être me remplit de plus en plus. […] La sensation de calme qui m’envahissait s’accrut en un sentiment extrême de force, à tel point que j’interrompis volontairement ce traitement et allai remercier Bruno Groening. […] Je me sentais extraordinairement bien. A la suite de mon voyage, je suis resté deux jours sans avoir pu faire ma sieste de l’après-midi, - et cela me perturbe sensiblement lorsqu’elle me fait défaut. Du fait que je ne quittai Monsieur Groening qu’après minuit, je me couchai aux environs de deux heures. J’étais dans un si merveilleux état de fraîcheur que je pensais ne pas pouvoir m’endormir. Pourtant, après quelques minutes, j’étais déjà endormi, et je me levai le lendemain complètement reposé, après avoir seulement dormi quatre heures. Je logeais à Starnberg, à 25 minutes de la gare. Par malheur, je ne pus trouver un taxi, et, pour ne pas rater mon train, il me fallut courir plus qu’allègrement, ce qui n’est guère dans mes possibilités habituelles. Cette simple expérience me démontra clairement que la force curative émanant du phénomène Groening était évidente."·50

Le docteur Gemassmer souligne ensuite qu’une telle force, comme celle qui s’est manifestée chez Bruno Groening, engage celui qui la possède à en faire usage. C’est, selon lui, un devoir moral pour l’autorité publique "que d’encourager la libre expression d’un phénomène d’une telle force, lorsqu’il se révèle par des effets à ce point salutaires." Mais, signale-t-il plus loin, en dépit des dispositions les mieux intentionnées que manifeste Bruno Groening, l’autorité publique se retranche derrière la législation sur la Santé pour l’empêcher de mener son action harmonieusement.

Voici ce qu’il écrit à ce propos:

"Par la pression morale que l’Organisation défendant les intérêts de la profession s’est employée à exercer sur ceux des médecins qui se montreraient disposés à coopérer avec Bruno Groening, et par le refus qu’on opposa à ce dernier de le reconnaître comme naturopathe, on aboutit inévitablement, avec la législation sur la Santé, à entraver l’activité harmonieuse de Bruno Groening".·51

Selon le docteur Gemassmer, c’est l’éclosion de forces concentrées au fin fond de Bruno Groening que l’on voit se traduire extérieurement par d’énormes énergies agissant sur les personnes malades, mais qui influent d’un autre côté sur lui-même. Ces forces seraient à même de le déchirer intérieurement s’il n’obéit à sa mission intérieure de guérir, laquelle lui a été assignée par une puissance supérieure.

Il continue en ces termes:

"Mais ne pas concéder à un être humain la possibilité de laisser agir de façon harmonieuse sa force originelle, dont la valeur curative a été démontrée des milliers de fois, constitue une responsabilité que la loi de l’Esprit frapperait de Son jugement."·52

Un certificat de moralité sur Bruno Groening

En conclusion, je voudrais encore aviser d’un certificat de bonne réputation que j’ai trouvé dans les dossiers. Erich Pelz, administrateur gestionnaire, originaire de R., y résume son jugement sur la personne de Bruno Groening qu’il connaissait depuis huit ans. Il le rédigea en 1958 sous la forme d’un écrit personnel, peu de temps après que l’audition d’appel du grand procès à Munich eut été clôturée:

"Au terme du procès qui vient de s’achever et dans l’attente très probable d’une révision prochaine, la lutte apparue autour de votre personnalité ainsi que votre propre combat entrent dans une phase importante.

Comme j’ai suivi ce procès sur place de même que le précédent dans la salle du tribunal, et dans ses moindres détails, j’éprouve aujourd’hui le pressant besoin de vous donner, de mon propre gré et de manière irrévocable, les explications suivantes:

Je suis entré en contact avec vous pour la première fois en 1949, au Traberhof, aux environs de Rosenheim […]. Après les événements survenus à Herford ayant entraîné votre popularité et votre mise en vedette sous les feux de l’actualité, il était devenu clair pour moi qui, depuis quarante ans, me suis adonné à la sagesse indienne, chinoise et tibétaine, que vous étiez […] un de ces grands esprits extraordinairement rares, de haute intelligence, ayant pris figure humaine, bien connus en Orient mais inconnus en Occident, et dont les forces, octroyées par le Créateur de tout ce qui existe, ne peuvent être expliquées par les moyens actuels des Sciences soi-disant exactes. Qu’on le veuille ou non, ces forces divines sont bien existantes, on ne peut les supprimer avec des palabres. Voilà pourquoi, depuis des millénaires chez nous, ces personnes-là sont poursuivies et lapidées. J’ai senti clairement que vous aussi […], vous alliez devoir connaître ce même chemin. Les choses étant ce qu’elles sont, je crains de ne m’être pas trompé jusqu’à présent. Et l’opinion, - comme on l’appelle - des gens est pareillement très partagée à votre sujet. […] En attendant, rares sont ceux qui ont pris la peine de venir se convaincre et de votre personnalité et de votre œuvre. Comme, pour moi, tout cela m’était transparent dès le début, j’ai suivi avec attention la voie qui était la vôtre, et j’ai cherché à me rapprocher de vous. Ce tout début, au Traberhof, fut marqué par un miracle. Depuis 1939, j’étais affligé d’un reste de paralysie au côté droit […]. Malgré huit mois de soins intensifs prodigués dans une clinique spécialisée de Kiel, mon épaule droite se trouvait encore entravée, situation à laquelle je m’étais habitué au cours des dix années suivantes. Bien qu’au Traberhof je me sois trouvé fort éloigné de vous, - derrière quelque 20 000 personnes -, je fus instantanément délivré de ce mal! Et j’en suis resté débarrassé."·53

Puis, pour accréditer son jugement, Erich Pelz fit connaître en détail les occasions qu’il eut, au fil des ans, d’aller rendre visite avec Monsieur Groening à de nombreuses communautés en Allemagne et en Autriche, et il expliqua comment ses fréquentes visites chez lui, à Plochingen, l’aidèrent à se faire un tableau de la vie privée de cet homme. Il continua ensuite:

"Je puis ainsi affirmer que j’ai eu suffisamment de temps et pas mal d’occasions d’observer votre personne, votre activité et les événements autour de vous. Par conséquent, je n’hésite pas à déclarer ce qui suit:

-  Vous êtes, j’en ai la conviction, un de ces messagers qui se doit de vivre ici, en Allemagne, comme un humble être humain, et qui doit remplir sa haute mission. […]

-  Vous n’avez, en ma présence, jamais rien prononcé d’inexact.

-  Vous ne faites rien qui aurait quelque chose de ressemblant avec un traitement de médecin ou de naturopathe. Vous n’admettez guère, de qui que ce soit et de façon générale, le moindre propos faisant allusion à une maladie. J’ai pu le vérifier toujours et à nouveau, de 1949 jusqu’à aujourd’hui, tout comme j’ai entendu, toujours et à nouveau, des gens malgré tout vous importuner sans arrêt avec pareils détails. […]

-  Vous ne touchez ni n’examinez personne et vous ne déconseillez pas les visites chez les médecins. Au contraire, vous renvoyez toujours les gens chez leur médecin traitant. […]

-  De la même manière que nulle parole n’a jamais été lancée à l’encontre des médecins, ainsi, dans vos discours, on ne trouve aucune objection envers un quelconque enseignement confessionnel […]

-  J’ai moi-même éprouvé, tout comme mon épouse, cette force de guérison qui émane de vous. J’ai vu un nombre incalculable de personnes recouvrer la santé, en votre présence ou dans les communautés, alors que vous étiez absent, ou bien j’ai lu leur déclaration sous la foi du serment. L’occasion me fut donnée de parler avec un homme venu d’Amérique du Sud qui me raconta ce qu’il avait vécu d’inouï et, moi-même fort impressionné, j’ai donc pu acquérir la conviction que cette force active en vous n’est soumise d’aucune manière à une quelconque limitation dans l’espace.

-  Je me dois de faire la constatation formelle que vos conférences sont de nature purement religieuse. […]. Elles ne rappellent en rien les exposés médicaux […]. Qu’en liaison avec une nouvelle orientation purement spirituelle, provoquée par une de vos conférences, il apparaisse en surplus une régulation corporelle, c’est là un point que la médecine officielle commence, maintenant seulement, à retirer des décombres d’un savoir millénaire.

C’est sans aucun doute la raison pour laquelle je peux m’expliquer que vous soyez talonné avec tant de fourberie, sans que l’on cherche, ne serait-ce qu’une fois, à se convaincre réellement de ce que vous faites."·54

Mon but dans ce chapitre est d’amener le lecteur à soupçonner, sur la base des récits vécus et des jugements de témoins dans l’entourage de Bruno Groening, quelle pouvait bien être la nature et le caractère de cet homme peu commun. Le fait que, de sa naissance à sa mort, des personnes provenant des horizons les plus divers parviennent, indépendamment les unes des autres, à des jugements de même ordre, témoigne de façon saisissante de l’authenticité de ce qui a été rapporté.